"CALL" Par ReeToxA
- Ryann
- 30 sept. 2025
- 3 min de lecture

Dans une culture musicale dominée par les playlists, les singles rapides et l’habitude frénétique de zapper les morceaux, il y a quelque chose de profondément marquant dans une chanson qui impose la patience. Le nouveau single de Reetoxa, "Call," s’impose comme une ballade qui se distingue non seulement par sa musicalité, mais aussi par la profondeur émotionnelle cousue dans chaque note. Initialement conçue pour clôturer le premier LP du groupe, "Call" risquait de se perdre dans la masse, victime des habitudes modernes d’écoute en streaming. Pourtant, loin d’être une simple conclusion discrète, elle s’est révélée comme l’une des compositions les plus touchantes de Reetoxa — si belle, si troublante, qu’elle méritait un single à part entière. Désormais disponible sur toutes les grandes plateformes, de YouTube à iHeartRadio, le morceau rappelle que ce sont parfois les chansons les plus silencieuses qui portent les vérités les plus fortes.
L’inspiration de "Call" est aussi douce-amère que la chanson elle-même. Jason McKee, voix centrale du groupe, venait de traverser une période financière difficile. Après un gain soudain, il s’est offert une échappée loin des pluies froides de Melbourne pour un week-end prolongé sur la Gold Coast ensoleillée. Là, le destin lui fit recroiser une ancienne compagne. Le temps d’un week-end, un mélange d’intensité et de nostalgie reprit vie, avant de disparaître aussi vite qu’il était venu. De retour à l’aéroport de Brisbane, sans nouvelles, Jason comprit que l’appel qu’il espérait ne viendrait jamais. C’est là que germa l’idée de "Call" : une chanson sur l’attente vaine d’un coup de fil, sur le désir de renouer malgré le silence qui, en lui-même, devient une réponse. Plus qu’une histoire personnelle, c’est une émotion universelle qui prend forme en musique.
"Call" scintille de retenue et d’intention. La voix est le cœur battant du morceau : belle, fragile, hantée, comme chargée de tous les mots restés inexprimés. Autour d’elle se tisse une architecture sonore délicate. Les guitares planent, à la fois tendres et spectrales. La batterie, loin du fracas habituel, brille par sa subtilité — chaque frappe résonne comme l’écoulement du temps. La basse, discrète mais essentielle, relie l’ensemble dans une cohésion mélancolique et chaleureuse. Le résultat est une ballade suspendue, intemporelle, située entre souvenir et rêve, qui invite à l’écoute attentive plutôt qu’à la consommation distraite.
Ce qui rend Call particulièrement notable, c’est sa place au sein du premier LP de Reetoxa. Entourée de morceaux plus bruyants et fougueux, elle agit comme une épilogue silencieuse, un moment de réflexion après la tempête. C’est une véritable chanson de clôture : non pas un triomphe éclatant, mais un écho vulnérable qui persiste. À l’ère des singles dominants, où les albums sont souvent consommés en fragments, des titres comme "Call" risquent d’être négligés. Sa sortie en single est donc un geste fort : redonner à cette ballade la lumière qu’elle mérite et rappeler l’importance de l’écoute patiente et attentive.
L’émotion qui traverse "Call" réside dans son universalité. Bien qu’ancrée dans l’expérience personnelle de Jason — une rencontre perdue, un appel espéré mais jamais venu —, elle parle à tous ceux qui ont attendu un signe en vain. Elle capture cet entre-deux fragile entre la connexion et l’absence, où les souvenirs se confondent avec le désir et où le silence devient une réponse en soi. Contrairement à de nombreuses ballades qui sombrent dans la mièvrerie, "Call " reste honnête, équilibrée, ancrée dans une vérité simple. C’est ce mélange entre vulnérabilité personnelle et résonance universelle qui la distingue des innombrables ballades contemporaines.
En définitive, "Call" n’est pas qu’une chanson : c’est une expérience qui persiste bien après que la dernière note se soit éteinte. Elle parle de ce téléphone qui ne sonne pas, de cet au revoir à l’aéroport qui ne se transforme jamais en retrouvailles, de cet espoir qui se dissout dans le silence. Mais elle parle aussi de transformation : de ces instants de peine qui engendrent des œuvres capables de toucher bien au-delà de leur origine. Avec "Call," Reetoxa offre une ballade intime et universelle, qui clôt leur premier LP avec grâce tout en se tenant seule comme un single d’une rare intensité. Par sa voix troublante, ses percussions cristallines et ses guitares éthérées, elle rappelle que la plus grande force de la musique n’est pas toujours dans le bruit, mais dans les vérités discrètes qu’elle ose révéler.
Écrit par Ryann









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