"FA’Real FA’Real" Par So Not Ai
- Ryann
- 16 sept. 2025
- 3 min de lecture

En cette année où l’intelligence artificielle transforme presque tous les domaines créatifs, le projet montréalais so not ai arrive comme un rappel rafraîchissant et plein de malice : tout n’a pas besoin d’être parfait pour être puissant. Le premier single du projet, "fa’real fa’real" (sorti le 20 juin 2025), n’est pas seulement une piste électronique accrocheuse — c’est une déclaration sur ce qui rend la musique incontestablement humaine. Derrière ce pseudonyme se cache Eldad Tsabary, figure bien connue des cercles de musique expérimentale, notamment en tant que fondateur du Concordia Laptop Orchestra (CLOrk). Avec so not ai, Tsabary délaisse le sérieux imposant de la composition électroacoustique pour jouer dans un terrain de jeu plus lumineux et fantasque. Le résultat est une musique qui semble avoir été conçue pour vous sourire — chaleureuse, glitchée et pleine de personnalité.
"Fa’real fa’real" se distingue par sa manière d’embrasser l’imperfection. Plutôt que des rythmes cristallins et polis qui s’alignent sur une symétrie mécanique, le morceau s’appuie sur des syncopes ludiques et des pivots rythmiques surprenants. Il fait des clins d’œil aux débuts de l’IDM et du glitch — on pense aux joyeux hoquets de Mouse on Mars ou aux excentricités mélodiques d’Aphex Twin — mais avec une touche plus légère et ensoleillée. Les mélodies bondissent en tonalité majeure, rayonnant d’optimisme, tandis que des effets sonores conçus sur mesure traversent le mixage avec un timing comique, presque comme un clin d’œil à l’auditeur. Ce qui frappe, c’est le sentiment de « live ». Bien que le morceau soit construit à partir d’instruments virtuels, il donne l’impression d’avoir été joué en temps réel. On y trouve des hésitations subtiles, des gestes décalés, de petites surprises sonores qui retiennent l’attention. Ces détails empêchent la musique de se réduire à un simple fond sonore — elle accroche constamment l’oreille, rappelant qu’il y a derrière elle une main humaine qui fait des choix malicieux.
Une partie du charme de so not ai réside dans son dialogue implicite avec la musique générée par IA. Là où l’IA produit souvent des morceaux techniquement irréprochables mais émotionnellement plats, "fa’real fa’real" s’épanouit dans la personnalité. Tsabary lui-même a expliqué que le projet est né après avoir écouté de la musique impressionnante générée par IA et s’être demandé quelle place il restait aux humains. Sa réponse est le caractère : cette âme espiègle, ce groove imparfait, cette mélodie qui ne se résout pas comme prévu mais qui arrache quand même un sourire. Cette philosophie s’entend dans chaque recoin du morceau. Les rythmes oscillent avec juste ce qu’il faut de souplesse pour suggérer le jeu plutôt que le calcul. Les mélodies ne cherchent pas la grandeur — elles visent le charme. Même le design sonore, avec ses effets distordus et ses textures façonnées à la main, porte une gaucherie volontaire. Ces imperfections ne sont pas des erreurs ; ce sont les empreintes digitales d’un créateur qui valorise l’humanité plus que la perfection mécanique.
Pour l’auditeur, "fa’real fa’real" est à la fois dansant et réjouissant. Son tempo et son jeu rythmique le rendent idéal pour bouger — on imagine facilement ce titre embraser une petite fête électronique DIY ou s’insérer dans un DJ set audacieux. Mais il s’écoute tout aussi bien au casque, où les détails de ses textures et de ses variations prennent toute leur ampleur. Le morceau marche sur une fine ligne entre le ludique et le réfléchi : assez léger pour être immédiatement accessible, mais assez travaillé pour que chaque écoute révèle de nouveaux détails. Il y a aussi quelque chose de libérateur dans la manière dont la chanson refuse de se prendre trop au sérieux. Dans un genre qui tend soit vers l’expérimentation hyper-sérieuse, soit vers un polissage hyper-commercial, so not ai trouve un rare juste milieu : expérimental mais farfelu, travaillé mais sans prétention. Cet équilibre confère à "fa’real fa’real" une saveur émotionnelle unique, rafraîchissante dans le paysage électronique actuel.
En tant que premier single, "fa’real fa’real" trace une voie prometteuse. Il est clair que so not ai ne cherche pas à suivre les tendances mais à créer une identité artistique distincte : enjouée, sincère et résolument humaine. Si ce titre est un avant-goût de la suite, le nouveau projet de Tsabary pourrait bien devenir un espace où les amateurs d’électronique redécouvrent la joie — une musique qui ne craint pas ses défauts mais les célèbre comme une partie de son charme. À une époque où les discussions autour de l’IA et de l’art dérivent souvent vers l’angoisse dystopique, so not ai propose une réponse plus légère et imaginative. Il ne s’agit pas de nier les capacités de l’IA, mais de rappeler les plaisirs qu’apporte uniquement la touche humaine. Avec "fa’real fa’real," cette touche se révèle joueuse, éclatante et — fidèle à son titre — réelle.
Écrit par Ryann









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