Flywheel – "CryBaby" : un rêve sombre enveloppé de shoegaze
- Ryann
- 16 août
- 5 min de lecture
À propos de Flywheel
Formé à Cork, en Irlande, au début des années 1990, Flywheel est un groupe vétéran de la scène shoegaze et alternative. Le groupe réunit Ann Marie Ryan au chant, Mark Tangney et Kieran Curtin aux guitares, ainsi que Paul Kelleher à la basse. Après avoir sorti l'album She en 1996, Flywheel a connu une longue pause avant de se reformer en 2020. Influencé par My Bloody Valentine, Slowdive, Cocteau Twins, The Fall et, plus récemment, Gilla Band, le groupe développe aujourd'hui une approche plus cohérente et mature du shoegaze, avec la voix d'Ann Marie Ryan désormais au premier plan. « CryBaby » constitue le premier single de leur prochain EP de cinq titres.

Avec "CryBaby", Flywheel ouvre un nouveau chapitre de son histoire avec un single qui revisite ses racines shoegaze tout en révélant une identité plus mature et plus affirmée. Originaire de Cork, en Irlande, le groupe revient avec un titre de dream-pop psychédélique où les guitares épaisses, les rythmes post-punk et les voix éthérées d’Ann Marie Ryan se rencontrent dans une atmosphère à la fois sombre et fascinante.
Disponible depuis le 25 juillet 2026, "CryBaby" est le premier single d’un prochain EP de cinq titres. Il fait suite à « Stop Looking at Her » et confirme que le retour de Flywheel n’est pas simplement une résurrection nostalgique d’un groupe des années 1990. Le groupe semble plutôt utiliser son passé comme une base pour construire quelque chose de nouveau.
Dès les premières mesures, "CryBaby" impose une identité sonore particulièrement dense. Les guitares de Mark Tangney et Kieran Curtin forment un véritable mur de textures, nourri par un fuzz vintage massif qui rappelle immédiatement l’âge d’or du shoegaze. Pourtant, la production conserve une précision remarquable. Enregistré à Cork et produit par Andy Killian, le morceau possède une puissance et une clarté qui permettent à chaque élément de trouver sa place.
Au centre de cette architecture sonore se trouve Ann Marie Ryan. Sa voix, décrite comme mellow et éthérée, contraste avec la lourdeur des instruments. Plutôt que de lutter contre le mur de guitares, elle semble flotter au-dessus de lui. Cette approche donne au morceau son caractère dream-pop et crée cette sensation de distance émotionnelle qui constitue l'une de ses grandes forces.
Mais "CryBaby" ne repose pas uniquement sur l'atmosphère. La section rythmique apporte une énergie clairement post-punk. La basse de Paul Kelleher et la batterie construisent une pulsation régulière qui empêche les guitares de devenir purement contemplatives. Le morceau avance avec une tension constante, comme s'il cherchait à maintenir l'auditeur dans un état de mouvement malgré son caractère rêveur.
C'est cette combinaison qui rend le morceau particulièrement efficace : la musique est lourde sans être oppressante, rêveuse sans devenir passive et mélancolique sans perdre son énergie.
On retrouve naturellement certaines références historiques du shoegaze dans l'univers de Flywheel. My Bloody Valentine, Slowdive et Cocteau Twins font partie des influences fondamentales du groupe, tandis que The Fall apporte une dimension plus abrasive et post-punk. Mais "CryBaby" démontre également que Flywheel ne souhaite pas rester enfermé dans une reconstitution des années 1990.
L'ajout d'influences plus contemporaines, notamment Gilla Band, contribue à donner au groupe une orientation plus actuelle. Le résultat est une musique qui conserve l'ADN du shoegaze tout en bénéficiant d'une production et d'une écriture adaptées à son époque.
Cette évolution est d'autant plus intéressante lorsqu'on considère l'histoire de Flywheel.
Le groupe s'est formé à Cork au début des années 1990 et s'est rapidement imposé dans la scène alternative locale. Leur premier album, « She », est sorti en 1996 sur le label suédois IWH. Avec le recul, le disque a acquis une réputation particulière, l'Irish Examiner allant jusqu'à le considérer comme l'un des grands albums « perdus » de Cork.
Puis Flywheel a connu une longue période d'absence.
Le groupe s'est finalement reformé à la fin de l'année 2020, après les premières levées des restrictions liées à la pandémie en Irlande. Cette période de retour semble avoir offert aux musiciens une nouvelle perspective sur leur propre musique.
Et c'est probablement là que "CryBaby" devient particulièrement intéressant.
Flywheel n'essaie pas de reproduire exactement le groupe qu'il était dans les années 1990. Les musiciens ont évolué, leurs influences ont changé et leur manière d'aborder les chansons s'est transformée. Le résultat est un groupe qui semble plus conscient de son identité.
L'un des changements les plus significatifs concerne justement Ann Marie Ryan.
Dans les premières productions du groupe, la voix pouvait être volontairement enfouie dans les textures instrumentales, une caractéristique assez courante dans le shoegaze de l'époque. Aujourd'hui, sa voix occupe une place beaucoup plus importante. Elle devient un véritable point d'ancrage émotionnel.
Cette décision change considérablement la perception du morceau. Les paroles et la personnalité vocale ne disparaissent plus derrière les guitares. Elles dialoguent avec elles.
Sur "CryBaby", cette voix calme et presque détachée apporte une forme de coolness particulière. Elle ne cherche jamais à surjouer l'émotion. Au contraire, cette retenue renforce le sentiment de mystère qui traverse le morceau.
Les guitares, elles, font le travail inverse. Elles sont expansives, saturées, parfois presque vertigineuses. Leur rôle n'est pas simplement d'accompagner le chant, mais de créer un environnement sonore dans lequel celui-ci peut évoluer.
Cette opposition entre retenue et puissance est probablement la caractéristique la plus séduisante du single.
La production d'Andy Killian mérite également d'être soulignée. En conservant le caractère organique des instruments tout en donnant au morceau une véritable profondeur sonore, il permet à Flywheel de retrouver l'esprit psychédélique du début des années 1990 sans donner l'impression d'écouter une production vieillie. "CryBaby" sonne comme un morceau qui vient d'un autre temps tout en appartenant parfaitement au présent.
Le titre s'inscrit ainsi naturellement dans les playlists consacrées au shoegaze, au dream-pop, au post-punk et au rock alternatif plus sombre. Les amateurs de Slowdive, Lush ou Wolf Alice devraient notamment y trouver un terrain familier, mais le morceau possède suffisamment de caractère pour dépasser le simple jeu des références.
Ce qui ressort surtout, c'est la cohérence artistique de cette nouvelle période de Flywheel. Le groupe semble désormais davantage intéressé par la construction d'un univers que par la simple accumulation de chansons. Le fait que "CryBaby" soit le premier extrait d'un EP de cinq titres laisse justement entrevoir un projet plus large dans lequel les différentes compositions pourront développer cette esthétique.
Après trois décennies de parcours musical, Flywheel possède quelque chose que beaucoup de jeunes groupes cherchent encore à construire : une histoire.
Mais l'histoire n'est pas utilisée comme un argument marketing. Elle nourrit la musique. Les expériences accumulées depuis les années 1990 semblent avoir donné au groupe une liberté nouvelle. Flywheel peut aujourd'hui revisiter le shoegaze sans avoir besoin de prouver qu'il en connaît les codes.
"CryBaby" est donc moins un retour vers le passé qu'une conversation avec celui-ci.
Les guitares fuzz rappellent les origines du groupe. La basse post-punk maintient la tension. La voix d'Ann Marie Ryan apporte une nouvelle dimension émotionnelle. Et la production moderne permet à l'ensemble de sonner avec une puissance remarquable.
Au final, "CryBaby" est un retour particulièrement convaincant pour Flywheel. C'est un morceau sombre mais lumineux, lourd mais aérien, nostalgique sans être rétro. Surtout, il démontre qu'après une carrière qui s'étend sur plus de trente ans, le groupe possède encore quelque chose d'essentiel : l'envie d'expérimenter.
Flywheel ne revient pas simplement pour rappeler ce qu'il était.
Écrit par Ryann



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