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"HEY HEY HATE" Par Energy Whores

  • Ryann
  • 18 août 2025
  • 4 min de lecture


À une époque où la politique a envahi presque tous les aspects de la culture, la musique est redevenue un véritable champ de bataille d’idées. Alors qu’une grande partie de la pop et de la musique électronique grand public préfère esquiver tout engagement politique explicite, offrant plus souvent de l’évasion que de la confrontation, Energy Whores persistent à résister à cette tendance avec leur dernier single, “Hey Hey Hate”. Fidèle à leur réputation d’entrelacer sans peur la critique sociale et des grooves irrésistibles, le morceau refuse de séparer le commentaire du divertissement. Au contraire, il utilise le beat comme un cheval de Troie, faisant passer un message urgent sur la division, la polarisation et le poison partisan jusque sur le dancefloor. À une époque où le cynisme et l’apathie semblent être devenus des réactions par défaut face à l’état de la politique, Energy Whores rappellent avec force que la danse peut être à la fois un outil de catharsis et une forme de protestation.


“Hey Hey Hate” pulse d’une électricité presque frénétique qui reflète parfaitement son sujet. La production repose sur une rythmique propulsive qui fusionne électroclash, synth-pop et beats dance contemporains, donnant au morceau un élan à la fois urgent et implacable. Les percussions frappent avec une précision mécanique qui évoque l’implacable cycle des médias modernes — notifications incessantes, fils d’actualité, commentaires en boucle. Par-dessus, des lignes de basse vibrantes s’entrelacent et ancrent le morceau dans une pulsation irrésistible qui empêche l’auditeur de rester immobile. Les couches de synthés sont tranchantes, métalliques, parfois dissonantes, reflétant la tension et le frottement d’un monde constamment en conflit. Pourtant, malgré cette abrasivité sonore, le titre reste terriblement dansant — preuve du savoir-faire d’Energy Whores pour marier la critique à la physicalité. La musique ne se contente pas d’accompagner le message ; elle l’incarne, transformant le chaos en mouvement.


Sur le plan lyrique, le morceau est incisif mais jamais moralisateur. “Hey Hey Hate” ne s’encombre pas de platitudes vagues ou de métaphores alambiquées ; il répète plutôt sa phrase centrale comme un mantra, inscrivant l’idée de haine non pas comme un simple état d’âme passager, mais comme un refrain omniprésent dans la vie contemporaine. Cette répétition reflète la manière dont la rhétorique clivante résonne sans fin à travers les réseaux sociaux, les talk-shows et les discours politiques. Plutôt que de faire la leçon, Energy Whores exploitent la qualité hypnotique des slogans — reconnaissant que la polarisation elle-même se nourrit de la répétition de formules simplifiées et instrumentalisées. Ainsi, le morceau fonctionne à la fois comme critique et comme miroir, obligeant l’auditeur à affronter la facilité avec laquelle nous nous laissons emporter par ces mantras de division. En creux, la chanson pose une question troublante : dansons-nous sur notre propre destruction, au rythme même des forces qui nous opposent ?


Ce qui distingue “Hey Hey Hate”, cependant, c’est son refus de sombrer dans le désespoir. Contrairement à beaucoup de chansons engagées qui s’appuient presque exclusivement sur la colère ou la tristesse, Energy Whores insufflent au morceau un courant sous-jacent de défiance. Le groove lui-même devient une forme de résistance, comme pour dire : si la haine est le rythme que l’on nous impose chaque jour, alors nous danserons dessus à notre manière, en le réappropriant collectivement plutôt qu’en le subissant. On sent poindre une joie subversive — la reconnaissance que la solidarité ne se construit pas seulement dans les manifestations et les discours, mais aussi dans le mouvement collectif des corps sur la piste. Cette dualité — colère et euphorie, critique et célébration — donne au morceau toute sa force. Il ne se contente pas de diagnostiquer un problème ; il propose aussi un mode de survie face à celui-ci.



Dans un contexte culturel plus large, “Hey Hey Hate” apparaît à un moment où l’art subit une immense pression pour choisir entre engagement et évasion. Beaucoup d’artistes optent soit pour l’entertainment pur, offrant une distraction face aux fractures du monde, soit pour un commentaire politique si pesant que l’art lui-même devient secondaire. Energy Whores rejettent ce faux dilemme et affirment qu’il est possible de penser et bouger en même temps. Leur démarche rappelle les grandes traditions de la musique dansante consciente — des hymnes disco militants des années 1970 à la culture rave socialement engagée des années 1990. En intégrant la critique au cœur même du rythme, ils atteignent des publics qui auraient sans doute tourné le dos à des chansons explicitement politiques. Le morceau fonctionne presque comme une stratégie : on vient pour le beat, mais on repart avec le message gravé dans la tête. De ce point de vue, “Hey Hey Hate” est autant une manœuvre qu’une œuvre artistique — une reconnaissance que, dans un paysage médiatique saturé, la meilleure façon de communiquer l’urgence est parfois de la rendre inoubliable, voire addictive.


En définitive, “Hey Hey Hate” confirme la position d’Energy Whores comme l’un des rares groupes capables de se tenir sur la ligne de crête entre critique intransigeante et groove irrésistible. La chanson n’est pas sans risque : son abrasivité pourra rebuter ceux qui cherchent du réconfort, et son minimalisme lyrique frustrer ceux qui préfèrent les récits explicites. Mais ces choix semblent délibérés, partie intégrante de leur refus d’édulcorer leur message pour séduire les masses. Au contraire, ils embrassent la tension — entre colère et joie, entre politique et danse, entre désir de résister et besoin de bouger. Ce faisant, ils créent un morceau qui reste longtemps en mémoire après le dernier beat, exigeant à la fois une implication intellectuelle et une libération physique. “Hey Hey Hate” n’est pas une musique de fond ; c’est un défi déguisé en tube, un appel à l’action qui refuse de vous laisser immobile. Et à une époque où la division semble inévitable, peut-être que le geste le plus radical qu’une chanson puisse offrir est de nous donner une raison de bouger ensemble, tout en nous forçant à regarder en face les forces qui nous séparent.



Écrit par Ryann

 
 
 

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