"I FOUND A MONSTER" Par Seth Schaeffer
- Ryann
- 7 août 2025
- 4 min de lecture

Dans un monde saturé de sons qui imitent, remixent et recyclent les mêmes émotions en boucle, Seth Schaeffer surgit non pas dans la répétition, mais dans une exorcisation sonore à vif. Son titre sorti le 18 juillet 2025, “I Found A Monster”, ne demande pas votre attention — il la saisit, la secoue et la recompose à coups de vérité viscérale. Il n’est pas surprenant que des critiques comme R+ aient décrit cette œuvre comme « un cri primal contre l’oppression intérieure » : il ne s’agit pas simplement d’une chanson, mais d’une explosion de l’identité profonde, un jaillissement de soi depuis les abîmes du silence. C’est un hymne non pas pour les vainqueurs, mais pour ceux qui se battent encore, ceux qui vivent enfermés dans des cages mentales faites de peur, de honte ou d’autocensure. Et dans cette honnêteté brute, Seth parvient à toucher à l’universel. Le titre évoque peut-être l’horreur, mais il ne s’agit pas ici de terreur : il s’agit de transformation. De trouver sa force dans les coins sombres que l’on nous a appris à rejeter.
Dès les premières secondes, le morceau nous désoriente par une ambiance cinématographique sombre, une pulsation basse qui gronde à l’horizon comme une tempête imminente. La texture sonore n’est pas précipitée — elle est maîtrisée, patiente, mais elle recèle une tension souterraine qui annonce l’explosion à venir. S’inspirant de maîtres comme Hans Zimmer et Trent Reznor, Seth Schaeffer sculpte des couches sonores comme un réalisateur construit le suspense. Les synthétiseurs ne remplissent pas simplement l’espace — ils l’étirent, le froissent, le transforment. La basse rugit comme une bête en sommeil, tandis que des percussions discrètes rythment le tout avec la régularité inquiétante d’un compte à rebours émotionnel. Il y a dans cette montée une esthétique proche de Reznor, où chaque décision sonore est narrative. Ce n’est pas une simple chanson, c’est une bande originale. Celle de son histoire. Et, en miroir, de la nôtre.
Lorsque la voix de Seth entre en scène, elle ne se présente ni polie, ni lisse. Elle se présente humaine. Son timbre est à la fois fragile et contrôlé, comme un homme qui lirait à haute voix son propre journal intime après l’avoir gardé caché pendant des années. Il n’y a ici aucun effet de théâtre — seulement la confession brute. Les paroles évoluent dans cet espace trouble entre l’aveu et l’affirmation : « J’ai trouvé un monstre dans mon miroir / Et je n’ai pas détourné le regard. » Cette simple phrase transperce avec une précision chirurgicale, offrant un miroir à tous ceux qui ont un jour lutté avec l’acceptation de soi, la santé mentale ou la honte intériorisée. Sa voix se brise au bon moment, chuchote là où il faut — maniant la vulnérabilité comme une lame affûtée. Il ne chante pas seulement. Il incarne. Il habite la tension d’un être humain confronté à des parties de lui-même qu’il a appris à cacher. Ce n’est pas juste personnel — c’est spirituel. Il y a une forme de sacré dans cette nudité émotionnelle.
Ce qui élève “I Found A Monster” au-delà de sa puissance lyrique, c’est sa construction sonore. La production est d’une minutie remarquable, mais jamais aseptisée. On ressent l’influence du minimalisme percutant de Billie Eilish et FINNEAS, notamment dans l’utilisation de l’espace comme élément de composition. Le silence devient un personnage. Un mot murmuré peut résonner comme un cri. Un battement syncopé se transforme en palpitation cardiaque. Mais ces choix ne sont jamais gratuits — ils obéissent à une logique émotionnelle. Et à mesure que le morceau se dirige vers son apogée, tout se resserre. Les synthés se distordent, les percussions s’alourdissent, la tension atteint son point de rupture. Puis, au moment exact, tout éclate. La catharsis est totale. Pas seulement pour Seth. Pour nous aussi. La montée n’est pas faite pour danser — elle est faite pour ressentir. Et elle atteint sa cible. Elle nettoie. Elle hurle : « Je suis encore là », au milieu des ruines d’un combat intérieur.
Ce qui est fascinant, c’est la manière dont Seth refuse de se conformer à un genre musical unique. “I Found A Monster” n’entre dans aucune case : ce n’est pas du pop pur, ni de l’électronique, ni de l’industriel, ni du rock. C’est un peu tout cela, et bien plus encore. Un univers entier, cohérent, personnel. Ce rejet des conventions n’est pas anodin : il épouse précisément le thème de la chanson, celui de briser les attentes sociales. À travers cette approche, Seth ne se contente pas de créer de la musique — il crée un langage pour ceux qui ne se reconnaissent dans aucun. Cette philosophie artistique le rapproche des figures qui l’inspirent : la vulnérabilité radicale de Reznor, la puissance narrative de Zimmer, l’intimité épurée de Billie Eilish. Mais les influences ici ne sont jamais des emprunts. Ce sont des guides spirituels, des échos que Seth transcende pour tracer sa propre voie. Sa voix devient singulière, inimitable.
Dans une époque marquée par une vulnérabilité mise en scène et une douleur devenue produit, “I Found A Monster” fait figure d’acte de rébellion. Le morceau refuse la perfection pour privilégier la vérité. Il rejette la prévisibilité au profit de l’authenticité. Et il le fait tout en s’adressant directement à l’auditeur. Seth ne se met pas en scène — il tend la main. Il y a dans sa transparence une générosité rare, une volonté de partager, pas seulement de s’exprimer. Écouter ce morceau, c’est comme s’asseoir en face de quelqu’un qui, pour la première fois, ose dire ce qu’il n’a jamais osé formuler. Et ce faisant, il nous invite à faire de même. Le monstre n’est plus l’ennemi. C’est la part de nous qui attendait d’être écoutée, reconnue, intégrée. Et quand Seth crie, ce n’est pas un cri de peur. C’est un cri de renaissance. D’affirmation. De liberté.
Au final, “I Found A Monster” n’est pas qu’une chanson. C’est un rite de passage sonore. Une initiation émotionnelle. Elle parle autant du parcours de l’artiste que de celui de chacun de nous. C’est un morceau pour les nuits où l’on doute de son reflet. Pour les matins où l’on décide de ne plus fuir. Seth Schaeffer a su mettre en musique ce moment si précis, si fragile, où l’on affronte son propre regard pour ne plus baisser les yeux. C’est troublant. C’est beau. C’est nécessaire. Et avec cette sortie, Seth ne fait pas que rejoindre la scène musicale — il l’élargit. Il l’humanise.
Écrit par Ryann









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