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"ONE SOUL’S STORY" Par Omnesia

  • Ryann
  • il y a 1 jour
  • 4 min de lecture

"One Soul’s Story" d’Omnesia n’arrive pas comme une tentative de capter l’attention immédiate ou de satisfaire les logiques algorithmiques, mais plutôt comme une pause volontaire — un morceau qui exige d’être écouté, non survolé. Sorti le 6 février 2026 en tant que cinquième single et vidéo annonçant leur prochain album OMNESIA: Future Vintage, le titre s’inscrit dans un déploiement lent et réfléchi d’un univers conceptuel plus vaste. Basé à Oakland, le duo Omnesia — composé de la vocaliste et architecte visuelle Medella Kingston et du guitariste/producteur M2 — évolue en dehors de toute fidélité de genre. Leur musique ressemble moins à une suite de chansons qu’à un archive émotionnelle en constante mutation, tissée de mémoire, d’identité et de curiosité sonore. "One Soul’s Story" se distingue au sein de cette narration par sa retenue. Là où d’autres singles exploraient le mouvement, la texture ou l’attitude, celui-ci se replie vers l’intérieur, privilégiant la chaleur, la patience et l’imperfection humaine au spectaculaire. Ce n’est pas un morceau conçu pour impressionner, mais pour demeurer.


Sur le plan sonore, "One Soul’s Story" incarne pleinement le concept d’« auditory omakase » revendiqué par Omnesia — une expérience soigneusement composée qui fait confiance à l’auditeur pour suivre le chemin proposé. Le titre équilibre une finition tournée vers l’avenir avec des sensibilités résolument vintage, reflétant l’idée centrale de l’album Future Vintage : une musique imaginée comme envoyée du futur vers le passé. Une douceur traverse l’arrangement, évoquant la new wave et l’art-pop de la fin des années 1970 et du début des années 1980, sans jamais sombrer dans la nostalgie gratuite. La structure est familière, mais l’émotion demeure imprévisible. Les guitares respirent plutôt qu’elles ne dominent, les claviers scintillent sans s’imposer, et la section rythmique — Stephen Goodwin à la basse et Eric Slick à la batterie — évolue avec une souplesse organique rare à l’ère des productions hyper-quantifiées. L’absence de click track n’est pas un simple choix technique, mais une prise de position artistique : le tempo est ici vivant, capable de fluctuer et de répondre. Le morceau se déploie comme un souvenir plus que comme une succession de refrains, invitant à l’écoute répétée non pas parce qu’il cache des secrets, mais parce qu’il refuse de se livrer trop vite.


Au cœur du morceau se trouve la performance vocale de Medella Kingston, qui fonctionne moins comme une voix principale isolée que comme une présence multiple, intime et profondément humaine. Toutes les couches vocales ont été enregistrées par Kingston, formant un chœur qui semble collectif plutôt qu’artificiellement empilé. Cette pluralité reflète directement le thème central du morceau : l’idée que les vies individuelles prennent sens lorsqu’elles sont comprises comme partie intégrante d’un continuum humain plus vaste. L’interprétation est maîtrisée, mais émotionnellement perméable, évitant à la fois l’excès dramatique et la distance froide. Les paroles, d’une simplicité trompeuse, gravitent autour d’une conviction fondamentale plutôt que de raconter un événement précis. Des lignes comme « One soul’s story though lacking in glory is a link in the chain / That is history’s shame » refusent toute sentimentalité facile, rejetant l’idée que l’importance se mesure à la reconnaissance ou à la gloire. Le morceau affirme au contraire que les véritables manques de l’histoire résident dans ce qu’elle choisit d’ignorer. Ainsi, "One Soul’s Story" prend la forme d’une méditation philosophique, rappelant que même les récits discrets ou oubliés portent une valeur essentielle.



Le processus d’enregistrement renforce cette quête d’authenticité. Capté en live dans un entrepôt communautaire d’Oakland, le morceau bénéficie des acoustiques naturelles des murs en briques, choisis pour leur capacité à façonner une résonance de batterie riche et organique. Ce clin d’œil aux techniques classiques — célèbres chez des artistes comme Led Zeppelin — n’a rien d’un fétichisme rétro, mais relève d’un engagement envers le son physique. Le groupe a enregistré ensemble, en une seule prise continue, privilégiant l’interaction humaine à l’isolement technique. Casques et sorties directes ont permis de préserver la clarté, tandis que les pistes de basse et de guitare ont été ré-ampées plus tard au M2 Musik Pub. Malgré ces ajustements, l’essence du morceau reste celle d’un instant partagé. On y perçoit l’espace, les silences, la manière dont les musiciens s’écoutent mutuellement. À une époque où la perfection est souvent obtenue par fragmentation, "One Soul’s Story" s’impose comme une défense silencieuse de la présence collective.


Dans le contexte de OMNESIA: Future Vintage, le titre agit comme un point d’ancrage émotionnel. Le concept de l’album — 17 morceaux accompagnés de 17 vidéos interconnectées — s’inspire de la rupture culturelle des années 70 et 80, lorsque synthétiseurs, boîtes à rythmes, mode et MTV ont redéfini non seulement le son, mais aussi la manière dont l’identité était mise en scène. Omnesia embrasse cet esprit d’expérimentation tout en l’ancrant dans une conscience contemporaine de la fluidité de genre, de la visibilité sociale et de la complexité émotionnelle. La présence androgyne et transgressive de Kingston n’est jamais présentée comme une provocation, mais comme une évidence — une réalité vécue intégrée naturellement à l’univers sonore et visuel du projet. "One Soul’s Story" ne prêche pas l’inclusivité : il l’incarne. En affirmant la valeur de chaque récit individuel, le morceau s’aligne subtilement sur des thèmes d’égalité, de représentation et de mémoire collective, sans jamais se réduire à un slogan.



En définitive, "One Soul’s Story" est important non parce qu’il cherche à redéfinir le rock, la pop ou la new wave, mais parce qu’il rappelle pourquoi ces formes ont compté. Omnesia ne court pas après la pertinence : ils construisent un espace où celle-ci émerge naturellement de la sincérité. Comme le confie M2, créer de la musique leur permet d’échapper aux anxiétés, aux obligations et au bruit du monde extérieur — d’exister pleinement dans l’instant présent. Cette philosophie imprègne le morceau de bout en bout. Écouter "One Soul’s Story", ce n’est pas consommer un contenu, mais entrer dans une suspension partagée, où mémoire, son et présence s’alignent brièvement. Dans un paysage musical dominé par la vitesse et le spectaculaire, Omnesia choisit la patience, la chaleur et la profondeur — et prouve ainsi que chaque voix, même la plus discrète, mérite d’être entendue.



Écrit par Ryann

 
 
 

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