"REACH THE STARS" Par Alex Wellkers
- Ryann
- il y a 6 jours
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Dans un monde saturé de pop sans profondeur et de playlists dictées par les algorithmes, Alex Wellkers propose tout autre chose : une tapisserie sonore vibrante d’émotions, de finesse orchestrale et de lyrisme poignant. Cet artiste suisse façonne depuis plusieurs années une identité musicale à la croisée du rock dramatique et de la pop cinématographique, en y intégrant des instruments classiques comme la harpe ou les ensembles à cordes, tout en s’appuyant sur une voix brute et expressive. Dès ses débuts, Alex a suivi un chemin différent – non pas celui des tendances, mais celui d’une recherche constante de sincérité musicale et de textures émotionnelles. Avec "Reach The Stars," il ne livre pas simplement une collection de chansons : il ouvre une porte vers un univers suspendu entre le désir et la délivrance.
Il y a dans son approche quelque chose d’authentiquement européen – une retenue, une élégance, une volonté de créer une résonance profonde plutôt qu’un effet immédiat. Depuis ses premières expérimentations en studio jusqu’à cette œuvre pleinement aboutie, Wellkers s’est imposé comme un compositeur qui comprend non seulement comment la musique sonne, mais surtout comment elle résonne en nous. "Reach The Stars" incarne cette évolution avec une cohérence remarquable. Rien ici n’est laissé au hasard : chaque morceau, chaque note, chaque respiration semble placé avec précision. C’est le fruit d’un vécu, d’une trajectoire, d’un artiste qui a traversé ses chansons avant de les enregistrer.
L’album s’ouvre avec “We Knew It All”, une ballade mélancolique et introspective qui agit comme une aube émotionnelle. Le piano s’y déploie avec douceur, entouré de cordes qui s’élèvent lentement comme des souvenirs qu’on ne peut oublier. Les paroles évoquent la fausse certitude du passé, cette impression d’avoir su, trop tard, ce qu’il aurait fallu comprendre plus tôt. La voix d’Alex, grave et vibrante, porte en elle à la fois la tendresse et le regret. Il ne s’agit pas d’une plainte, mais d’une quête de vérité. Une introduction douce et pénétrante qui pose les bases émotionnelles du voyage à venir.
Avec “Give Me the Keys”, l’album bascule dans une énergie plus frontale. Ce morceau respire la rébellion. Les guitares deviennent plus rugueuses, les percussions plus affirmées. Et pourtant, les nappes orchestrales persistent, conférant au morceau une noblesse cinématographique. Les paroles claquent comme un manifeste – une volonté de reprendre le contrôle, d’ouvrir les portes qu’on a toujours tenues fermées. La voix d’Alex, passionnée, presque écorchée, donne au morceau une tension électrique. C’est la lutte intérieure qui prend la forme d’un cri de libération.
“See Me There” ralentit à nouveau le tempo pour plonger dans une mélancolie plus feutrée. Court, mais puissant, ce morceau évoque l’envie d’être vu, reconnu, au-delà des mots. Le piano et la voix suffisent à faire naître cette sensation de solitude habitée, comme si l’on marchait au crépuscule avec l’espoir discret d’apercevoir une silhouette familière. Il y a dans cette chanson une fragilité tenace, une douceur résistante, qui rappelle que l’espoir peut exister même dans les silences.
“Desert Island” se déploie comme un véritable film musical. Ambiance étrange, presque cinématographique, crescendo orchestral savamment construit : ce morceau est une île à part. Il évoque l’exil, la solitude choisie comme lieu de vérité intérieure. La harpe scintille, les cordes grondent, et la voix d’Alex se fait tour à tour prière, plainte et illumination. C’est une composition puissante, spirituelle, qui touche au sacré sans jamais sombrer dans le pathos. Un sommet d’émotion maîtrisée.
Avec “There Is Cars”, on entre dans un univers plus urbain, presque surréaliste. Le titre étrange reflète une ambiance fragmentée, où la modernité devient source d’aliénation. Les sons mécaniques, les boucles rythmiques, les paroles en fragments forment une fresque déstabilisante, comme si l’on assistait à un ballet de voitures tournant en rond sans fin. C’est un morceau étrange, presque absurde, mais profondément humain dans sa quête de sens au milieu du bruit.
“Alles Nicht So Schlimm”, chanté en allemand, joue la carte de l’ironie. “Ce n’est pas si grave”, dit le titre – mais tout, dans la musique, contredit cette affirmation. Le piano voltige, les cordes grincent discrètement, et la voix d’Alex oscille entre résignation et tension retenue. On sent ici une douleur intériorisée, dissimulée derrière une façade de légèreté. C’est une chanson qui dit beaucoup sans avoir besoin de hausser le ton, et qui touche par sa subtilité émotionnelle.
“Tu Es Ici”, en français cette fois, vient adoucir l’atmosphère. C’est une chanson d’amour et de présence – la présence de l’autre ressentie même dans l’absence. La musique y est fluide, aérienne, portée par des arpèges de harpe et des violons caressants. Alex y chante dans une langue qui semble faite pour l’intime. Le rythme épouse celui du cœur, et la douceur des arrangements évoque une tendresse silencieuse, comme un souffle chaud sur une vitre froide.
“She Will Say” tranche avec les morceaux précédents par son énergie directe et presque espiègle. Plus rock, plus pop, il offre une pause dans l’intensité émotionnelle de l’album. Mais derrière sa rythmique entraînante, le morceau cache une tension : celle de l’anticipation, de ce que l’on craint d’entendre. C’est une chanson courte, mais vive, qui apporte un vent de fraîcheur sans rompre la cohérence globale de l’album.
“The Key” revient à l’introspection pure. Le piano, encore une fois, prend les devants, accompagnant une voix pleine de fatigue et d’espoir. Il s’agit ici de portes intérieures, de blessures non refermées, de clés perdues. La production, discrète, laisse respirer le silence, valorise les non-dits. C’est un moment suspendu, un regard vers l’intérieur, un aveu de ne pas tout comprendre – et c’est précisément ce qui le rend si émouvant.
“Mystic Saint” convoque un sentiment de transcendance. Dès les premières secondes, le morceau évoque le sacré : chœurs aériens, harmonies célestes, montée orchestrale majestueuse. Alex chante comme on prie, avec humilité, avec ferveur. Il ne parle pas de religion, mais de quelque chose de plus vaste – la foi en quelque chose, en quelqu’un, en un mystère qui nous dépasse. C’est un morceau qui élève, qui transporte.
Avec “What Are You Searching For”, on revient à une question essentielle – posée sans réponse, mais avec une intensité calme. C’est un morceau méditatif, qui laisse de l’espace au silence, au questionnement. La musique y est simple, mais profonde, et la voix d’Alex s’y fait presque confidentielle. On n’y cherche pas des réponses, mais une présence. C’est une chanson miroir, qui reflète l’état intérieur de celui qui l’écoute.
“Now the Pages Been Turned” est le morceau le plus court, mais peut-être le plus bouleversant. Le piano est nu, la voix presque murmurée. C’est une chanson de clôture, mais sans apaisement. Le titre, légèrement fautif grammaticalement, suggère une rupture incomplète, un chapitre tourné sans qu’on en ait compris le sens. Il y a là une douleur muette, une page froissée plutôt que tournée.
Enfin, “Au Revoir” ferme l’album comme on éteint les lumières d’un théâtre après la dernière scène. Long, majestueux, ample, ce morceau rassemble toutes les émotions précédentes pour les relâcher dans un adieu doux-amer. La langue française revient pour dire ce que l’anglais ne pourrait peut-être pas. L’orchestration est somptueuse, et la voix d’Alex atteint ici des sommets d’émotion. C’est un morceau de départ, mais aussi de renaissance. Une clôture qui laisse la porte entrouverte.
"Reach The Stars" n’est pas un simple album : c’est une œuvre vivante, vibrante, profondément humaine. Alex Wellkers ne se contente pas de composer des chansons – il crée des expériences. Grâce à une orchestration soignée, une voix qui porte en elle les cicatrices et les lumières de la vie, et un sens aigu de la narration émotionnelle, il nous offre un voyage intérieur d’une beauté rare. Un album qui ne demande pas votre attention : il la mérite. Et une fois qu’il vous tient, il ne vous lâche plus.
Écrit par Ryann
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