"RESISTANCE" Par Myselfson
- Ryann
- 9 juil. 2025
- 5 min de lecture

Un voyage électro-synthétique audacieux, entre émotion, défi et introspection
À une époque où l’écoute musicale devient de plus en plus fragmentée et instantanée, sortir un album-concept est un acte presque héroïque. C’est exactement ce que fait l’artiste électro-pop français Myselfson avec "Resistance," un périple de 74 minutes mêlant synthpop mélodique, électro-rock incisif et textes profondément personnels. Plus qu’un simple album, "Resistance" est une déclaration — un manifeste musical à la fois intime et tourné vers le monde, nostalgique et résolument moderne. Composé de 12 titres — entre inédits, reprises revisitées et remixes créatifs — "Resistance" équilibre l’énergie de la piste de danse avec la gravité des paroles. Ce n’est pas un disque à écouter distraitement, mais plutôt une œuvre immersive qui invite à l’écoute attentive. C’est un album qui secoue, console et réveille. Voici notre lecture de ce projet ambitieux en six temps.
L’album s’ouvre avec “Prélude”, une courte mais puissante introduction qui pose d’emblée l’ambiance. En à peine deux minutes, Myselfson établit son territoire : nappes de synthé planantes, percussions précises et textures vocales en arrière-plan préparent l’auditeur à une œuvre à la fois dense et réfléchie. Loin d’un simple interlude, ce morceau d’ouverture est une déclaration d’intention. Il évoque les limbes entre souvenir et anticipation, entre rêve et tension. Il reprend les codes de la synthpop onirique des années 80 tout en y injectant une sensibilité contemporaine. Le passé est là, mais il sert de tremplin vers autre chose. “Prélude” annonce la couleur avec intensité : ce disque demandera de l’attention et, surtout, de l’introspection. Le deuxième morceau, “Rain and Pain – Club Version by Sasha Mate 2.0”, propose une relecture dansante mais profondément fidèle à l’émotion de l’original. Loin d’un remix opportuniste, Sasha Mate signe ici une version club élégante, presque mélancolique, portée par une ligne de basse hypnotique, des arpèges acidulés et une tension maîtrisée. La voix de Myselfson conserve toute sa force émotionnelle, se détachant du mix avec sincérité. Le morceau évoque cette étrange sensation de danser en pleurant — un paradoxe que la production met brillamment en valeur. Ce remix affirme d’entrée de jeu une chose : "Resistance" utilisera les codes de l’électro non pas comme une simple esthétique, mais comme un moyen d’amplifier le message.
Le morceau-titre, “Resistance”, arrive en troisième position et incarne parfaitement l’esprit de l’album. C’est un titre fort, construit sur une rythmique quasi-militaire, des riffs de guitare saturés et une ligne de chant frontale. Mais loin de l’agressivité gratuite, Myselfson livre ici une performance vulnérable, sincère. Il ne s’agit pas d’un appel à la guerre, mais d’un cri du cœur — une déclaration d’endurance face à un monde qui chancelle. Le refrain décolle avec puissance, porté par des chœurs, des synthés en nappes et une montée émotionnelle qui touche droit. La guitare, légèrement distordue, insuffle à l’ensemble une tension rock bienvenue. Le morceau suivant, “Every Night Is A Fight – People Theatre’s Boxing Mix”, prolonge le message mais sous une autre forme. Ce remix électro intense évoque un combat de boxe, avec ses montées, ses respirations, ses assauts rythmiques. Les cloches, les tensions dans la structure, tout rappelle la préparation avant l’impact. C’est intelligent, chargé d’images, et thématiquement en parfaite continuité. Là où le titre original proposait une introspection émotionnelle, ce remix en fait une expérience physique : on ressent le combat, on le vit.
Au milieu de l’album, Myselfson ose les reprises. Et il le fait avec une rare justesse. Sur “By Your Side – Cover From Waiting For Words”, il opte pour la retenue : piano délicat, percussions minimalistes, voix à fleur de peau. Il ne cherche pas à surpasser l’original, mais à lui donner une nouvelle résonance, plus intime. Le résultat est touchant, profond, et démontre un respect évident pour la chanson d’origine. Puis vient “Das Ist Unsere Welt”, morceau sombre et habité qui plonge dans des sonorités plus industrielles. Chants scandés, synthés froids, ambiance gothique — on pense à DAF ou à Kraftwerk, mais toujours avec cette touche personnelle qui caractérise Myselfson. Ce titre, chanté en partie en allemand, agit comme une déclaration collective, presque politique. Le rythme est mécanique, répétitif, et l’ensemble donne une impression de force contenue, de résistance communautaire. Un moment fort, qui marque une transition plus introspective dans le récit de l’album.
La suite nous conduit vers les moments les plus fragiles du disque. “Home, Sweet Home” est un morceau court mais bouleversant, presque un interlude élégiaque. Le piano prend le dessus, les textures électroniques deviennent plus aériennes, presque absentes. La voix de Myselfson semble flotter, empreinte de nostalgie et d’un sentiment de perte. C’est le point de bascule émotionnel du disque — le moment où le combat extérieur cède la place aux blessures intérieures. “Looking for Your Eyes – Chapter 2” poursuit cette exploration, dans un format plus long et narratif. En plus de sept minutes, Myselfson nous entraîne dans un voyage sonore où les nappes s’installent lentement, où les percussions s’immiscent par touches, où l’arrangement évolue comme une mémoire qu’on tente de reconstruire. On sent la recherche, l’obsession, la répétition du souvenir. La structure n’est pas classique : il s’agit davantage d’un morceau à vivre qu’à suivre. C’est un moment cinématographique, très réussi, qui témoigne de la maturité artistique de l’auteur.
Le retour de “Rain and Pain” dans sa version “Extended by Waiting For Words” constitue un bel écho à la version club du début d’album. Ici, le morceau s’étire, respire, se transforme en méditation. Le rythme est plus lent, la voix semble sortir du brouillard, les textures électroniques enveloppent doucement les mots. Cette version donne à la chanson une nouvelle dimension — moins dansante, plus introspective. On comprend alors le sens de ce double passage : “Rain and Pain” est un thème central de l’album, une douleur persistante mais transformée selon la lumière qu’on y projette.
Enfin, le disque se clôt avec “Freeman”, morceau final dont le titre annonce la libération. Plus dépouillé, plus organique, il laisse la place à la voix, au silence, à la simplicité. Ce n’est pas un climax spectaculaire, mais un souffle, une paix retrouvée. Après avoir traversé les luttes, les pertes, les remises en question, Myselfson s’affirme libre. Ce dernier morceau agit comme une résolution : l’artiste a résisté, a tenu bon, et peut maintenant avancer.
Avec "Resistance," Myselfson livre une œuvre ambitieuse, cohérente et sincère. À l’heure des playlists éphémères et de la consommation rapide, cet album-concept exige du temps, de l’écoute, et une vraie disponibilité émotionnelle. En retour, il offre une expérience rare : un voyage profondément humain à travers le son, la mémoire et la volonté.
L’album n’est pas parfait — certains morceaux auraient pu être raccourcis, et l’intensité émotionnelle peut parfois sembler pesante. Mais ces faiblesses sont aussi la preuve d’un projet vivant, exigeant, qui ne cherche pas à plaire à tout prix mais à être vrai. La production est soignée sans être trop lisse, les paroles sont brutes sans être criardes, et la structure de l’album, pensée comme un parcours, donne du sens à l’ensemble.
Pour celles et ceux qui aiment les albums à écouter d’une traite, les récits sonores profonds, ou tout simplement la musique qui a quelque chose à dire, "Resistance" est une œuvre incontournable. Myselfson ne se contente pas d’honorer les codes de la synthpop — il les transcende pour raconter une histoire, la sienne, et peut-être un peu la nôtre aussi.
Ècrit par Ryann









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