"RUNNING ON WIRES" Par Vampire Liver Therapy
- Ryann
- 15 nov. 2025
- 5 min de lecture

À une époque où la musique cherche souvent à réconforter ou à divertir, Vampire Liver Therapy—le projet solo de l’artiste chilien de Santiago, Jose Miguel Cumsille—livre un disque qui fait tout autre chose. Running on Wires n’est pas simplement un album ; c’est un voyage viscéral et immersif dans les recoins ombrageux de l’expérience humaine, un espace où l’artificiel et l’émotion se rencontrent, et où le son lui-même devient une force narrative. De l’ouverture avec « Kill Configurator » à la conclusion troublante « Stupid Soul in Hell », l’album plonge l’auditeur dans un univers de tension, de réflexion et d’exploration sonore, qui persiste bien après la dernière note.
L’album s’ouvre avec « Kill Configurator », un morceau qui établit immédiatement la dualité au cœur du travail de Cumsille : le mécanique et l’humain. Avec des lignes de synthé acérées et une percussion glitchée, la chanson évoque un paysage numérique où l’émotion est manipulée, parfois même rejetée. C’est une introduction à l’univers de "Running on Wires", un monde où les cœurs deviennent obsolètes et où les échos ratent leur battement. L’ouverture est à la fois déstabilisante et exaltante, donnant le ton pour ce qui suit : une exploration de la vulnérabilité humaine filtrée par les sons synthétiques et technologiques. Ce paradoxe sonore rend l’auditeur pleinement conscient de la fragilité des connexions dans un monde de plus en plus médiatisé par la machine.
La suite, « Primitive as the Void », plonge plus profondément dans la contemplation existentielle. La production de Cumsille mêle textures électroniques minimalistes et explosions soudaines d’intensité, reflétant l’oscillation entre isolement et désir, thème central de l’album. Le morceau examine l’humanité réduite à ses instincts fondamentaux, une confrontation avec le vide sous-jacent à la vie moderne. Des rythmes épurés aux paroles précises, ce titre souligne la maîtrise de la tension propre à Vampire Liver Therapy, guidant l’auditeur à travers des instants de réflexion silencieuse et des éclats sonores presque violents. C’est dans ces contrastes que le poids émotionnel de l’album se fait sentir.
La piste titre, "Running on Wires", condense l’esthétique de l’album. En moins de trois minutes, elle exprime la tension et la fragilité qui traversent le disque. Les synthés s’entrelacent comme des circuits électriques sur le point de court-circuiter, tandis que la percussion crépite comme des étincelles bondissant d’un fil à l’autre. La chanson capture ce sentiment de précarité qui traverse tout l’album : nous marchons tous, métaphoriquement, sur des fils, suspendus entre contrôle et effondrement, humain et machine, émotion et détachement. La voix de Cumsille agit à la fois comme guide et témoin, naviguant ce terrain instable avec un calme qui contraste avec l’urgence de l’instrumentation.
"Nowhere Fast" poursuit l’exploration, offrant l’un des passages les plus saisissants sur l’impatience émotionnelle et la fragilité des liens humains. L’approche mélodique, légèrement plus accessible, conserve néanmoins une tension sous-jacente, comme si l’espoir était toujours éphémère. L’énergie cinétique du morceau traduit l’expérience du désir dans un monde de plus en plus artificiel, soulignant le conflit entre l’instinct naturel de se connecter et les cadres isolants imposés par la technologie. "Nowhere Fast" incarne pleinement la dualité de "Running on Wires" : beauté et inconfort, intimité et éloignement.
L’exploration des instincts humains et animaux se fait particulièrement sentir sur « Animal Emotions » et « Different Animals ». Ces titres examinent les dimensions primales et souvent indomptées de l’émotion, rappelant qu’au-delà des fils et circuits, il existe un noyau primal intact. Animal Emotions est bref mais intense, un rappel que la vulnérabilité est universelle et chaotique. Plus tard, Different Animals joue sur les contrastes, alternant textures électroniques hachées et passages mélodiques mélancoliques, reflétant la diversité et l’imprévisibilité des réactions émotionnelles. Ensemble, ces morceaux réaffirment la thèse centrale de l’album : sous les fils et la technologie, il reste un battement de cœur.
Parmi les moments les plus mémorables figurent « Memories Fade » et « I Feel for Your Infection », où l’introspection de Cumsille rencontre des textures électroniques subtiles, créant des espaces intimes et presque confessionnels. Memories Fade illustre l’éphémérité des souvenirs, la sensation que même les plus vifs s’effacent peu à peu, tandis que I Feel for Your Infection explore l’attachement à ce qui est destructeur, une méditation sur l’empathie et la vulnérabilité lorsque l’émotion humaine se mêle à des influences toxiques.
Ces morceaux ralentissent délibérément le rythme de l’album, permettant à l’auditeur de ressentir pleinement le paysage sonore et émotionnel, soulignant que "Running on Wires" est une expérience immersive, pas simplement une collection de chansons.
« Lingers Like a Ghost » illustre parfaitement cette qualité spectrale et persistante qui traverse l’album. Des synthés réverbérés et des effets vocaux fantomatiques créent une présence et une absence simultanées, évoquant quelqu’un ou quelque chose qui reste juste hors de portée. À l’inverse, la brièveté de morceaux comme « Running on Wires » et « Different Animals » permet à Cumsille de jouer sur la tension et la libération à petite échelle, créant un rythme à l’intérieur de l’album qui semble à la fois désordonné et inévitable, reflétant l’imprévisibilité de la vie à l’ère technologique.
La piste finale, « Stupid Soul in Hell », conclut l’album de manière provocante et appropriée. Avec son titre satirique et sa production immersive, elle rassemble les thèmes de l’aliénation, du désir et du conflit entre le cœur humain et son environnement synthétique. Cette conclusion souligne l’engagement de Cumsille envers une vision artistique complète : refuser le confort facile, confronter l’auditeur à la beauté et à l’inquiétude de l’existence dans un monde saturé par la technologie. "Running on Wires" dépasse le cadre d’un simple album : c’est un manifeste de l’éthique artistique de Vampire Liver Therapy. Jose Miguel Cumsille a créé un disque à la fois intime et expansif, stimulant et hypnotique, qui invite l’auditeur à explorer le terrain ombragé où l’émotion humaine rencontre la complexité technologique. De l’énergie abrasive de « Kill Configurator » à la réflexion spectrale de « Lingers Like a Ghost » et à la satire sombre de « Stupid Soul in Hell », l’album propose un voyage cohérent, poignant et inoubliable.
En enregistrant dans un home studio et en embrassant les imperfections du processus, Cumsille fait résonner chaque glitch, chaque écho, chaque murmure avec authenticité. "Running on Wires" offre un aperçu d’un futur où technologie et humanité sont indissociables, où les paysages sonores reflètent autant l’esprit que la machine. Pour les fans d’artistes comme David Bowie, Nine Inch Nails, Bjork ou Christian Death, cet album propose une perspective neuve et captivante, fusionnant électronique, avant-garde et émotion dans une expérience unique. En définitive, "Running on Wires" est un disque qui exige attention et réflexion. Il s’adresse aux auditeurs prêts à entrer dans l’inconfort, à accueillir l’éthéré et l’abrasif, et à reconnaître la beauté complexe de l’existence à l’ère technologique. Jose Miguel Cumsille et Vampire Liver Therapy ont créé non seulement un album, mais un univers immersif, qui persiste comme un fantôme bien après que la musique s’est éteinte.
Écrit par Ryann









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