"V.I.P" Par Exzenya
- Ryann
- 24 sept. 2025
- 3 min de lecture

Dans l’univers saturé du rap et des croisements pop-rap, où d’innombrables singles recyclent les mêmes images de luxe, d’arrogance et d’excès nocturnes, “V.I.P.” d’Exzenya prend un virage radical. À la première écoute, le morceau est une véritable décharge d’adrénaline : un rythme vif, énergique, taillé pour être joué à plein volume. Mais sous la surface se cache une morsure satirique aiguisée. En détournant l’acronyme “V.I.P.”—souvent synonyme d’exclusivité et de glamour—en “Victims Impact Panel,” le programme obligatoire pour les contrevenants arrêtés pour conduite en état d’ivresse, Exzenya oblige son public à réfléchir. Ce qui aurait pu n’être qu’un hymne de soirée prévisible devient une performance à plusieurs couches : moqueuse, provocatrice et divertissante à la fois. C’est ce mélange d’humour et de réalité—livré avec un sourire en coin—qui rend “V.I.P.” unique dans le paysage actuel du rap calibré pour les clubs.
L’habillage sonore du titre joue entre nostalgie et puissance contemporaine. La production repose sur une basse qui cogne, des hi-hats nerveux et des synthés tranchants rappelant l’âge d’or des clubs des années 2000, mais avec la précision brillante des playlists de 2025. Le rythme entraîne inévitablement le corps, happant épaules, hanches et pieds dans sa gravité. Pourtant, il y a un côté malicieux dans la conception sonore : des montées qui s’étirent volontairement, des chutes exagérément confiantes, et une impression générale de caricature assumée. Ce clin d’œil reflète parfaitement l’esprit satirique de l’écriture d’Exzenya : on peut se laisser emporter par le son en soirée, mais une oreille attentive découvrira qu’elle se moque en réalité de la culture qui produit ce type de morceaux.
Dans son phrasé, Exzenya prouve qu’elle manie aussi bien l’humour que la force. Le refrain transforme la honte d’une obligation judiciaire en une sorte d’insigne tordu d’honneur, livré avec le même aplomb que d’autres artistes réservent aux jets privés ou aux chaînes en diamant. Elle jongle avec les tons—arrogance moqueuse, comédie consciente, éclairs de sincérité brute—et l’ensemble électrise. Ses cadences tombent comme des punchlines, conçues pour faire sourire à une seconde et hocher la tête de reconnaissance la suivante. Les fans d’Eminem y reconnaîtront la même ironie acérée, ceux de Megan Thee Stallion retrouveront cette assurance sans concession, et les amateurs de Doja Cat percevront la même malice imprévisible. Le vrai coup de génie, c’est qu’Exzenya laisse l’humour briller sans édulcorer la gravité : la culture du DUI a des conséquences bien réelles, et elle ose les exposer en pleine lumière.
Au cœur de “V.I.P.”, c’est la notion même de statut qui est remise en question. Le monde de la nuit, particulièrement dans le rap et la pop, glorifie sans cesse l’excès—des bouteilles sans fin, des voitures lancées à toute allure, des choix faits sous les néons clignotants. Exzenya refuse de nourrir cette glorification. Elle recadre au contraire la conséquence comme un nouveau “symbole de statut.” L’image du Victims Impact Panel comme rite de passage est à la fois hilarante et percutante : hilarante parce qu’elle ridiculise l’absurdité des hiérarchies nocturnes, percutante parce qu’elle reflète une réalité vécue par beaucoup mais rarement racontée en musique. Le génie du morceau est de démocratiser cette expérience, de dire en substance : ce n’est pas seulement ton histoire, c’est la nôtre. Au lieu de fuir dans le fantasme, elle arrache le rideau et rit du désordre, invitant tout le monde à rire aussi.
Au-delà de ce single, “V.I.P.” illustre parfaitement l’identité artistique d’Exzenya. Ce n’est ni une blague passagère ni une tentative opportuniste de viralité. C’est dans la continuité d’une démarche déjà présente dans des titres comme “Drunk Texting”, où la satire et l’émotion se nourrissent mutuellement. Son indépendance sous l’étiquette Exzenya Productions lui permet d’exprimer ces idées sans en lisser les angles, et les résultats parlent d’eux-mêmes : diffusion internationale dans 114 pays, classements sur Spotify, Audiomack et SoundCloud, et une reconnaissance rapide dans les circuits indie. Ce qui propulse sa musique, ce n’est pas seulement des rythmes accrocheurs : c’est sa capacité à transformer humour, psychologie et vécu en chansons qui frappent sur plusieurs plans. Avec plus de quarante titres finalisés, “V.I.P.” n’est qu’un chapitre d’une œuvre bien plus vaste.
Au fond, “V.I.P.” est bien plus qu’une blague habillée en basse. C’est un manifeste en rythme, une preuve qu’un morceau peut faire rire, faire danser et faire réfléchir longtemps après la dernière note. Exzenya balaie l’idée que la musique doive choisir entre plaisir et profondeur. Ici, elle offre les deux : une satire de l’obsession pour la célébrité, un commentaire sur la responsabilité, et un hymne calibré pour la piste de danse. Dans une industrie trop souvent figée dans des formules prévisibles, Exzenya s’impose comme une voix qui réécrit le script, transformant l’ironie en art. Si ce morceau est un avant-goût de la suite, la scène rap indépendante ne gagne pas seulement une nouvelle artiste : elle gagne une véritable perturbatrice.
Écrit par Ryann









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