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"YABADABADOODA" Par Tally Lally

  • Ryann
  • 15 sept. 2025
  • 4 min de lecture


De temps à autre, une chanson apparaît et réussit à capturer à la fois la fraîcheur de la découverte et l’assurance d’une artiste qui sait exactement ce qu’elle fait. "Yabadabadooda" de Taylor Lally, sortie le 5 septembre 2025, est l’un de ces morceaux. À première vue, le titre ludique, presque cartoonesque, laisse présager un morceau léger, mais une écoute attentive révèle une œuvre bien plus complexe : un hymne dream pop lo-fi plein d’esprit, qui équilibre humour, honnêteté et profondeur émotionnelle. Produit par Ian Barter — connu pour son travail aux côtés d’Amy Winehouse, Paloma Faith et Dermot Kennedy — le single rayonne à la fois de sophistication et d’intimité, signe d’une autrice-compositrice qui s’affirme avec assurance. Pour Lally, artiste émergente originaire du comté de Down, en Irlande du Nord, "Yabadabadooda" n’est pas simplement une sortie ; c’est une déclaration d’intention, la cristallisation de ses influences, de ses expériences et de son approche audacieuse de la pop alternative.


Le morceau commence de manière trompeusement simple, ses textures lo-fi installant d’emblée une atmosphère vaporeuse qui plonge l’auditeur dans un univers onirique. Un groove aux accents hip-hop ancre le rythme, créant un élan confiant, tandis que des lignes de guitare délicates ondulent, évoquant la fluidité improvisée de John Martyn. Sur cette toile sonore, la voix de Lally se déploie — chaleureuse, conversationnelle, teintée à la fois d’humour et de vulnérabilité. Son interprétation est ce qui rend le morceau magnétique : elle ne chante pas tant qu’elle ne se confie, entraînant l’auditeur dans l’histoire absurde qui constitue le cœur du morceau. À l’image de Rickie Lee Jones, à qui elle est souvent comparée, Lally parvient à être à la fois détendue et profondément expressive, une qualité qui confère à la chanson son intimité. La production de Barter préserve intelligemment cet équilibre, maintenant des textures rêveuses mais jamais mièvres, en conservant une certaine rugosité qui empêche toute surenchère.


"Yabadabadooda" illustre le talent de Lally pour transformer le quotidien en quelque chose de mythique. La chanson s’inspire d’une rencontre réelle et surréaliste, mais plutôt que de la raconter simplement, elle la réinvente à travers l’humour, l’exagération et le rythme, jusqu’à en faire une sorte de mantra. Le titre, apparemment non-sensique, est répété comme une incantation, servant à la fois de refrain accrocheur et de fil conducteur : la vie est absurde, chaotique, et parfois mieux exprimée par des sons que par des mots. On retrouve ici une filiation avec l’acuité ludique de Lily Allen, où l’esprit et l’observation sociale se mêlent, mais Lally y imprime une touche singulière. L’humour ne diminue jamais l’impact émotionnel ; au contraire, il le renforce, comme si le rire était une manière de survivre au chaos. Cet entrelacement du léger et du profond est précisément ce qui élève le morceau au rang d’art véritable.


La section centrale de la chanson met en lumière le sens de l’arrangement de Lally. Les voix se superposent, créant une texture presque hypnotique, tandis que le groove s’épaissit et que la guitare passe de soutien subtil à force motrice. Le résultat est une montée en intensité, non pas vers un climax tonitruant mais vers une immersion toujours plus profonde dans l’atmosphère du morceau. L’auditeur est pris entre l’absurdité joyeuse des paroles et l’immersion rêveuse du paysage sonore. C’est cette tension — entre le ridicule et le sublime — qui définit "Yabadabadooda". Lorsque la chanson s’achève, elle laisse l’auditeur à la fois amusé et pensif, emporté dans une expérience aussi divertissante que discrètement profonde.



Le contexte est essentiel pour comprendre l’importance de ce titre dans la trajectoire de Lally. Déjà tête d’affiche à guichets fermés à Bangor et ayant partagé la scène avec Joachim Cooder, Mary Coughlan et Teddy Thompson, elle construit patiemment sa réputation comme l’une des autrices-compositrices les plus prometteuses d’Irlande. La création de son propre label indépendant, Saturn Rising Records, confirme sa volonté de façonner sa carrière à ses conditions. "Yabadabadooda" est l’expression de cette indépendance : une chanson qui n’a pas peur d’être étrange, drôle et audacieuse, tout en mélangeant des influences disparates pour en faire une œuvre cohérente et originale. C’est aussi un morceau qui se prête merveilleusement à la scène, son groove et son refrain incantatoire étant promis à résonner aussi bien dans les clubs intimes que sur les grandes scènes de festival. Qu’elle soit déjà programmée aux côtés de Mary Coughlan souligne encore davantage son ascension et sa capacité à se hisser aux côtés des voix établies de la musique irlandaise.


En définitive, "Yabadabadooda" réussit parce qu’il incarne les qualités qui rendent l’art de Lally si singulier : la légèreté, la vulnérabilité, l’audace musicale et l’esprit lyrique. C’est une chanson qui affiche son humour sans jamais fuir la vérité émotionnelle. Elle invite l’auditeur à rire des absurdités de la vie tout en reconnaissant leur poids. En cela, elle atteint quelque chose de rare : divertir tout en suscitant la réflexion. Pour Taylor Lally, il ne s’agit pas seulement d’un nouveau single — mais d’une affirmation identitaire, une preuve qu’elle fait partie de la prochaine vague de la musique irlandaise, avec le potentiel d’en devenir l’une des voix majeures. "Yabadabadooda" est un morceau qui reste en tête, autant pour son refrain entêtant que pour la lucidité qu’il exprime. À la fois absurde et profond, léger et grave, c’est Taylor Lally à son apogée magnétique — et l’annonce de choses encore plus grandes à venir.



Écrit par Ryann

 
 
 

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