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"DEEP FUCHSIA" Par Ava Valianti

  • Ryann
  • il y a 1 jour
  • 5 min de lecture

À seulement seize ans, Ava Valianti accomplit déjà ce que de nombreux artistes, deux fois plus âgés, peinent encore à maîtriser : écrire des chansons qui semblent vécues plutôt qu’interprétées. Il existe une différence entre la vulnérabilité comme choix stylistique et la vulnérabilité comme réflexe — et la musique d’Ava appartient résolument à cette seconde catégorie. Depuis ses débuts en 2023 avec le single « bubble wrap », la jeune artiste de Newbury, dans le Massachusetts, s’est taillé une place singulière dans l’indie pop, assumant pleinement une écriture émotionnelle, parfois désordonnée, toujours sincère. Ses chansons n’aboutissent pas à des conclusions émotionnelles nettes ; elles s’attardent dans cet entre-deux inconfortable où le doute, le désir et la dévotion se confondent. Cette approche a atteint sa pleine maturité avec son premier EP petunias, une œuvre initiatique qui n’a pas seulement révélé une artiste prometteuse, mais une narratrice capable de s’asseoir avec des émotions trop vastes, trop brutes, trop honnêtes pour être édulcorées. Avec son nouveau single "Deep Fuchsia", sorti le 16 janvier, Ava n’abandonne pas cette ouverture émotionnelle — elle l’intensifie, enveloppant sa sensibilité dans un son plus fort, plus éclatant et plus instable, annonciateur d’un nouveau chapitre marquant.


Petunias était un disque défini par l’intimité. Il donnait l’impression de lire un journal intime dont les pages venaient à peine d’être écrites, chaque chanson capturant ces instants minuscules mais déterminants de l’adolescence : l’incertitude, le manque, l’isolement émotionnel, et l’apprentissage lent et parfois douloureux de la cohabitation avec soi-même. Des titres comme « Middle Ground », « January » ou « Buttercups » mettaient en lumière le talent d’Ava pour transformer des émotions quotidiennes en mélodies persistantes. L’EP a touché un public large non pas parce qu’il cherchait à universaliser l’expérience, mais précisément parce qu’il ne le faisait pas. La force d’Ava réside dans sa précision — dans sa capacité à décrire les émotions telles qu’elles sont, et non telles qu’elles devraient sonner.


Cette sincérité a permis à de nombreux auditeurs de se sentir moins seuls dans leur propre chaos émotionnel. Ce lien l’a portée bien au-delà de sa ville natale, lui valant des diffusions sur plus de 300 stations de radio à travers le monde, des distinctions et nominations aux New England Music Awards, chez American Songwriter, et des opportunités d’ouverture pour des artistes reconnus tels que Jessica Baio, Lucy Kaplansky, Andrew Duhon ou encore The Strumbellas. Et pourtant, malgré cette reconnaissance grandissante, la musique d’Ava n’a jamais donné l’impression de chercher l’approbation. Elle reste profondément introspective — des chansons écrites parce qu’elles devaient exister, non parce qu’elles devaient séduire. "Deep Fuchsia" marque un tournant, sans pour autant rompre avec ce qui a précédé. Là où petunias s’ancrait dans la douceur et l’introspection, ce nouveau single embrasse l’intensité — émotionnelle, sonore et visuelle. Dès son titre,"Deep Fuchsia" s’impose comme une chanson de saturation : une couleur poussée à son maximum, des sentiments portés jusqu’au point de rupture. Le morceau explore cet amour qui ne s’installe pas doucement dans une vie, mais y fait irruption, transformant la perception de tout le reste.


Ava capture la sensation de tomber si profondément amoureux que chaque souvenir devient plus vif, chaque mot plus lourd, chaque silence plus bruyant. C’est l’amour comme obsession, comme dévotion, comme prise de risque — un état où l’instabilité n’est pas un signal d’alarme, mais une part du frisson. Musicalement, la chanson reflète cette volatilité émotionnelle. La production s’appuie sur une énergie pop-rock assumée, laissant la voix d’Ava s’affirmer avec une nouvelle assurance tout en conservant la fragilité qui caractérise son identité artistique. Il y a ici un sentiment de mouvement, d’élan, comme si la chanson elle-même penchait vers l’avant, défiant l’artiste et l’auditeur de la suivre.

Ce qui rend "Deep Fuchsia" particulièrement captivant, c’est sa tension émotionnelle. Ava ne romantise pas l’intensité sans recul ; elle écrit depuis cet espace fragile entre la dévotion et le doute, pleinement consciente que la passion peut être à la fois grisante et dangereuse.


La chanson n’offre ni certitude ni résolution — elle saisit l’instant précis où l’on choisit de croire en quelque chose même lorsque l’on sait que cela pourrait nous briser. C’est dans ce choix, dans ce saut dans le vide, que le morceau trouve sa vérité. L’écriture d’Ava a toujours excellé dans l’expression des contradictions émotionnelles, et ici, elle affine encore davantage ce talent. L’amour y est décrit comme éclatant et magique, mais aussi instable et fragile, et la force de "Deep Fuchsia" réside dans son refus de résoudre cette contradiction. La chanson comprend que l’amour jeune semble souvent plus authentique lorsqu’il est débordant plutôt que stable — lorsqu’il devient impossible à ignorer, même s’il n’est pas durable. En ce sens, le morceau s’apparente moins à une déclaration qu’à un instantané, figeant un moment d’intensité émotionnelle avant qu’il ne s’adoucisse ou ne s’efface.



Ce single annonce également une évolution artistique plus large. Les premières œuvres d’Ava invitaient l’auditeur dans des pièces silencieuses et des pensées nocturnes ; "Deep Fuchsia" ouvre la porte à un paysage émotionnel plus vaste et plus audacieux. Il révèle une artiste qui commence à faire pleinement confiance à ses instincts, non seulement en tant qu’autrice-compositrice, mais aussi comme interprète et force créative. Cette évolution est d’autant plus remarquable compte tenu de son âge. Plutôt que de chercher à atténuer sa vulnérabilité ou à lisser ses aspérités, Ava les embrasse, laissant son univers sonore s’élargir sans perdre son cœur émotionnel. Cet équilibre — évoluer sans s’effacer — est rare, et c’est précisément ce qui rend son parcours si passionnant. Alors qu’elle s’apprête à partir cet hiver pour une mini-tournée dans le Nord-Est afin de présenter petunias sur scène, on sent que ces chansons, anciennes comme nouvelles, prendront une dimension nouvelle au contact du public. La musique d’Ava a toujours reposé sur la connexion, et partager ces morceaux profondément personnels en face-à-face avec celles et ceux qui la soutiennent depuis le début apparaît comme une suite naturelle.


En définitive, "Deep Fuchsia" n’est pas seulement le point de départ du prochain projet d’Ava Valianti — c’est une véritable déclaration d’intention. Elle affirme que son avenir ne sera ni plus discret, ni plus prudent, ni émotionnellement plus petit. Au contraire, il promet davantage de couleurs, de risques et de sincérité. Ava n’a pas peur de ressentir intensément, même lorsque cette intensité est inconfortable, et c’est cette intrépidité qui la distingue dans un paysage musical de plus en plus policé. À une époque où le détachement émotionnel est souvent confondu avec la maturité, la volonté d’Ava d’embrasser pleinement ses émotions apparaît presque comme un acte radical. "Deep Fuchsia" nous rappelle qu’il existe une force dans la dévotion, une beauté dans l’instabilité, et un courage immense dans le fait de croire en quelque chose de fragile. Pour une artiste encore au début de son parcours, Ava Valianti écrit déjà avec une clarté et une intelligence émotionnelle qui laissent présager qu’elle ne fait pas que traverser le monde de l’indie pop — elle y construit quelque chose de durable. Si ce single est un indice, les couleurs de la suite ne feront que gagner en intensité.



Écrit par Ryann

 
 
 

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