top of page

" FUTURE VINTAGE" Par Omnesia

  • Ryann
  • il y a 1 jour
  • 3 min de lecture

Dans un paysage musical souvent fragmenté par les catégories algorithmiques et les attentes de genre très codifiées, OMNESIA: "Future Vintage" surgit comme une proposition volontairement inclassable. La collaboration basée à Oakland entre la vocaliste androgyne Medella Kingston et le guitariste/producteur M2 se conçoit moins comme un album traditionnel que comme un « omakase auditif » — un menu dégustation soigneusement composé de sons, de textures, d’identités et d’ambiances. À travers dix-sept morceaux, le duo déconstruit l’idée même de fidélité stylistique pour embrasser le contraste comme véritable philosophie. Certains titres sont captés en prise unique analogique, sans click track, vibrants d’une respiration humaine imparfaite ; d’autres sont entièrement façonnés dans un environnement numérique. Pourtant, malgré ces processus radicalement différents, chaque instant reste immédiatement reconnaissable : théâtral, mouvant, profondément incarné.


Le sous-titre "Future Vintage" n’est pas qu’une formule esthétique — il décrit avec précision le paradoxe sonore que le projet habite. La musique regarde simultanément en arrière et en avant, empruntant la chaleur tactile des traditions rock classiques tout en les intégrant à des structures électroniques modernes, à des pulsations indie-dance et à des élans progressifs. La séquence d’ouverture, avec « Dangle », « Broken Love » et « Sexy Party », établit d’emblée cette dualité. Les guitares évoquent une patine rétro, tandis que les grooves semblent pensés pour un mouvement contemporain. Les époques ne s’y opposent pas : elles dialoguent, comme si les textures analogiques avaient été réinventées plutôt que simplement convoquées pour leur nostalgie.


Ce qui distingue véritablement ce projet n’est toutefois pas seulement l’hybridation stylistique, mais la question de l’identité performative. Chaque vidéo liée à l’album met en scène des personnages, des genres et des incarnations différents — tous interprétés par Kingston, parfois reflétés ou amplifiés par la vision sonore de M2. Cette multiplicité visuelle trouve son équivalent musical. Des titres comme « Days and Nights », « Inch » ou « Heroes + Legends » naviguent entre registres émotionnels contrastés : une intimité vocale peut soudain s’ouvrir sur une ampleur presque cinématographique, avant de se replier vers quelque chose de fragile. L’auditeur n’est pas invité à chercher un centre stable, mais à accepter le mouvement lui-même comme langage émotionnel.


Le cœur de l’album, avec « She Life », « Bigger Than » et « Float », s’ancre davantage dans une énergie dansante où les influences nu wave et électro-indie se révèlent pleinement. Ces morceaux semblent légers, mais jamais superficiels : sous leurs rythmes entraînants se cache un travail minutieux de superposition entre guitares, synthétiseurs et harmonies vocales. Même dans ses moments les plus accessibles, la musique refuse la facilité. Chaque piste agit comme un tableau en transformation, introduisant une nouvelle couleur émotionnelle avant de céder la place à la suivante. Le long « All the Time », dépassant les six minutes, illustre parfaitement cette approche, évoluant par glissements progressifs plutôt que par explosion dramatique.



Ailleurs, l’album adopte une tonalité plus introspective. « One Soul’s Story » et « Time to Escape » offrent des respirations narratives où la mélodie se mêle à une certaine ambiguïté poétique. Puis viennent « Dreaming Void. », « Double Suicide », « Dirty Love » ou encore « Back In NYC », où les inclinations progressives prennent davantage d’ampleur. Ces morceaux fonctionnent presque comme des fragments d’un univers conceptuel plus vaste, apparaissant brièvement avant de se dissoudre. L’enchaînement ne cherche jamais à imposer une seule lecture ; il laisse plutôt l’auditeur projeter ses propres significations, comme face à une galerie de personnages vivants.


L’arc se referme avec « Everything », un titre qui semble résumer l’ambition globale. Le disque a tenté d’embrasser « tout » : les genres, les méthodes de production, les états émotionnels et les expressions identitaires au sein d’un seul ensemble cohérent. Ce qui maintient l’unité n’est pas la constance stylistique, mais une attitude. La voix, malléable et expressive, agit comme fil conducteur, tandis que la guitare et la production façonnent un espace sonore où le contraste devient moteur plutôt qu’obstacle. Le déploiement progressif des vidéos prolonge cette vision, transformant la sortie en expérience multimédia évolutive.


Au final, OMNESIA "Future Vintage" ne cherche pas tant à définir ce qu’il est qu’à montrer ce qu’il peut être. Il résiste à l’écoute passive et réclame curiosité et ouverture face à la contradiction. Spontanéité analogique et architecture numérique coexistent, tradition rock et futur électro-pop s’entrecroisent, théâtralité glam et introspection indie se répondent. En refusant toute identité figée, l’œuvre capture quelque chose de profondément contemporain : l’idée que le soi, comme la musique, est fluide, performatif et toujours en transformation. Le résultat est une déclaration kaléidoscopique qui ne traverse pas seulement les genres — elle les habite, les transforme et les réinvente.



Écrit par Ryann

 
 
 

Commentaires


bottom of page