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"LES MAUX QUI ME BLESSENT" Par Eternal Mourning

  • Ryann
  • il y a 1 heure
  • 3 min de lecture

À une époque où la vulnérabilité musicale est souvent polie jusqu’à devenir abstraite, Eternal Mourning s’impose comme un projet qui n’a pas peur d’affronter le poids des émotions dans leur forme la plus brute. Après les fondations introspectives posées par A Draft et l’élargissement thématique proposé dans What I Saw Is History, la sortie de "Les Maux qui me blessent" apparaît moins comme un simple titre isolé que comme un nouveau chapitre d’une réflexion continue sur la mémoire, la perte et les traces invisibles laissées par le temps. Le projet évolue dans un espace où l’écriture devient une forme d’archéologie émotionnelle, déterrant patiemment des fragments d’expériences vécues pour les transformer en paysages sonores à la fois intimes et universels.


Au cœur de cette démarche se trouve Philippe Mourani, auteur-compositeur basé à Montréal, dont le parcours de bassiste au sein de diverses formations a profondément façonné l’écoute et le sens de la texture musicale. Avec cette aventure artistique, il quitte le rôle d’accompagnateur pour devenir narrateur et architecte sonore, mobilisant voix, guitare et claviers afin d’exprimer ce qui demeure souvent indicible. Sa collaboration avec Pasquale Sacco apporte une dimension complémentaire : la guitare ne se contente pas d’accompagner, elle dialogue, tissant des lignes mélodiques qui oscillent entre consolation et tension. Ensemble, ils élaborent un univers influencé par le folk introspectif, les dynamiques du rock, l’élégance de la pop baroque et l’ombre du grunge, où la diversité stylistique sert avant tout la sincérité du propos.


Le morceau s’attarde sur un thème rarement exploré avec autant de franchise : le poids destructeur des mots. Là où beaucoup de chansons mettent en scène des conflits visibles, celle-ci se tourne vers l’intérieur, examinant comment certaines phrases, certains regards ou certains silences s’accumulent jusqu’à devenir des blessures plus profondes que les actes eux-mêmes. La perspective adoptée n’est pas accusatrice, mais réflexive : elle met en lumière ce sentiment de culpabilité imposé de l’extérieur et progressivement intériorisé. L’écoute devient alors un miroir, invitant chacun à reconnaître la fragilité de cet espace entre ce qui a été dit et ce qui a été ressenti. Plus qu’une protestation, l’œuvre ressemble à une confession, un moment de lucidité musicale face aux cicatrices invisibles.



Sur le plan sonore, la composition traduit cette stratification psychologique avec subtilité. Elle s’ouvre sur une intimité presque folk, où les textures acoustiques instaurent un climat de confidence, avant de s’élargir progressivement vers une densité harmonique plus ample. Les guitares électriques apparaissent comme une présence diffuse plutôt qu’une rupture, évoquant la mélancolie de l’alternative rock sans jamais basculer dans la violence. Quelques inflexions mélodiques rappellent la pop baroque, apportant une élégance fragile qui contraste avec la gravité du sujet. Cet équilibre entre délicatesse et saturation devient l’axe central du morceau : la beauté sonore cohabite avec une tension latente, à l’image des souvenirs où douleur et douceur se confondent.


L’environnement culturel de Montreal semble également résonner en filigrane dans cette esthétique. Ville de croisements artistiques, entre héritages européens et sensibilités nord-américaines, elle offre un terreau naturel à cette fusion entre écriture introspective et textures contemporaines. On perçoit dans la musique une forme de mélancolie lumineuse, ample et méditative, comme un paysage traversé par les saisons, qui correspond parfaitement aux thèmes de mémoire et de transformation explorés par le projet. Cette influence n’est jamais illustrative ; elle s’exprime plutôt par une atmosphère, un espace sonore qui laisse respirer les silences autant que les notes.


Au final, "Les Maux qui me blessen" confirme l’engagement d’Eternal Mourning envers une musique de vérité plutôt que de démonstration. Loin des effets spectaculaires ou des tendances éphémères, le projet privilégie la durée, proposant des chansons qui se découvrent dans le temps, au fil des réécoutes et des expériences personnelles de l’auditeur. La vision artistique de Mourani envisage la création comme un espace partagé, où composition, interprétation et écoute deviennent des actes de compréhension mutuelle. Ainsi, Eternal Mourning ne se définit pas seulement comme un projet musical, mais comme une narration en mouvement — une exploration continue de la manière dont le passé façonne l’identité, et dont la musique peut dire ce que les mots seuls ne parviennent pas à guérir.



Écrit par Ryann

 
 
 

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