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Moon and Aries, "In the Silence of the Hills" : apprendre à respirer dans le silence

Ryann
il y a 1 heure
6 min de lecture

À propos de Moon and Aries

Moon and Aries est un duo musical transatlantique composé de Jordana Moon, basée à Kelowna au Canada, et de Tom Aries, installé à Cologne en Allemagne. Leur univers, qu’ils définissent comme de l’Electronic Cinematic Soul, combine trip-hop, indie et musique électronique atmosphérique pour créer des paysages sonores immersifs centrés sur l’émotion, la transformation, la présence et les mondes intérieurs. Le duo écrit, interprète et produit lui-même sa musique, en privilégiant les compositions originales, les instruments organiques et une production détaillée. Leur approche narrative donne à leurs morceaux une dimension particulièrement adaptée aux projets visuels et aux médias fondés sur la narration.




Il existe des morceaux qui cherchent immédiatement à attirer l’attention, et puis il y a ceux qui demandent exactement l’inverse : ralentir, écouter et accepter que chaque espace puisse avoir son importance. Moon and Aries appartiennent clairement à cette seconde catégorie avec "In the Silence of the Hills", une composition cinématographique sans batterie qui transforme le calme en véritable matière musicale. Pensé comme une invitation à s’éloigner du bruit de la vie quotidienne pour retrouver une connexion plus profonde avec la nature, l’immobilité et soi-même, le morceau avance avec une retenue assumée. Rien ne semble avoir été ajouté pour simplement remplir un vide. Au contraire, le vide devient ici une partie essentielle de l’expérience.


Cette approche correspond parfaitement à l’identité de Moon and Aries, duo transatlantique formé par Jordana Moon, basée à Kelowna au Canada, et Tom Aries, installé à Cologne en Allemagne. Leur univers, décrit comme de l’« Electronic Cinematic Soul », évolue à la rencontre du trip-hop, de l’indie et de la musique électronique atmosphérique. Mais plutôt que de construire leur identité autour d’une frontière de genre précise, les deux artistes privilégient l’atmosphère, l’émotion et la narration. "In the Silence of the Hills" en constitue une illustration particulièrement claire : la musique semble conçue comme un espace dans lequel on peut entrer plutôt que comme une simple succession d’éléments destinés à provoquer une réaction immédiate.


L’histoire de la composition renforce d’ailleurs cette sensation de mouvement lent et organique. Le morceau commence en Allemagne avec une composition au piano imaginée par Tom Aries. Cette mélodie évolue ensuite à travers des textures de synthétiseurs analogiques avant de traverser l’Atlantique pour rejoindre Jordana Moon au Canada. C’est à ce moment que la musique reçoit sa voix, à travers une interprétation décrite comme chaleureuse et vulnérable, accompagnée de paroles qui prolongent l’intimité du morceau. La création ne s’arrête pourtant pas là. Elle continue de voyager, passant d’un musicien à l’autre et d’un pays à l’autre jusqu’à former une œuvre collective qui conserve pourtant une impression de proximité humaine.


Cette dimension internationale est particulièrement intéressante parce qu’elle ne semble pas avoir été utilisée comme simple argument esthétique. Zara Hudson-Kozdoj, violoncelliste de formation classique basée à Londres, apporte son violoncelle. Peter J. Mitchell, depuis le Canada, contribue avec une guitare atmosphérique, tandis que Hanna Marchand, connue sous le nom de Joko Magic et installée en Suisse, ajoute son saxophone expressif. Chacun a écouté la musique, l’a ressentie et y a répondu à l’oreille avant de renvoyer sa performance à Tom Aries. Cette méthode donne au morceau une dimension presque conversationnelle : plutôt que de réunir physiquement les musiciens dans une même pièce, Moon and Aries ont construit une rencontre à distance, où chaque contribution devient une réponse personnelle à ce qui existait déjà.


Le choix de supprimer complètement la batterie est alors particulièrement significatif. Dans une production électronique ou cinématographique, le rythme peut facilement devenir le point d’ancrage principal. Ici, Moon and Aries choisissent de ne pas remplir systématiquement les espaces. Le piano à l’origine de la composition, les synthétiseurs analogiques, le violoncelle, la guitare, le saxophone et la voix disposent ainsi d’un espace pour respirer. Cette retenue rejoint directement le propos du morceau : prendre ses distances avec le rythme effréné de la vie quotidienne et retrouver une forme de présence. La structure elle-même semble donc participer au message, en refusant la surcharge au profit de l’écoute.


Cette volonté de laisser respirer la musique donne également au projet une cohérence avec le rapport que Moon and Aries entretiennent avec la narration. Le duo conçoit ses morceaux comme des scènes, avec des espaces ouverts et une attention particulière portée à l’émotion. Cette conception explique pourquoi leur musique peut aussi s’adapter à des univers visuels comme le cinéma, la télévision ou les jeux vidéo. "In the Silence of the Hills"  possède précisément cette qualité narrative : sans avoir besoin de multiplier les éléments, il évoque un lieu, un état intérieur et une transition. Le titre lui-même suggère un paysage, mais la véritable destination semble être intérieure. Les collines peuvent être réelles ou imaginées ; le silence, lui, devient une manière de retrouver une autre façon d’être présent.



La présence de plusieurs instruments organiques est également importante dans l’évolution artistique annoncée par Prairie Souls, le prochain EP de cinq titres de Moon and Aries. "In the Silence of the Hills" en est le quatrième morceau et doit paraître le 6 novembre 2026. Le projet représente une évolution de leur univers électronique cinématographique vers quelque chose de plus proche de la terre, notamment grâce à l’utilisation d’instruments organiques, d’espaces ouverts et de collaborations humaines. Cette direction ne signifie pas pour autant l’abandon de l’électronique. Les synthétiseurs analogiques restent au cœur de la création, mais ils dialoguent désormais avec le violoncelle, la guitare, le saxophone et la voix. L’intérêt vient précisément de cette coexistence.


La notion de connexion traverse donc le morceau à plusieurs niveaux. Il y a d’abord la connexion recherchée avec la nature et le silence, celle qui constitue le cœur de son intention. Il y a ensuite la connexion entre Jordana Moon et Tom Aries, deux artistes séparés par un océan mais capables de construire ensemble un univers cohérent. Enfin, il y a celle qui unit les différents musiciens invités, chacun ayant contribué depuis son propre environnement. Le morceau devient ainsi une sorte de réseau humain invisible : plusieurs lieux, plusieurs sensibilités, plusieurs instruments, mais une même création qui circule de l’un à l’autre.


Cette manière de travailler donne aussi une importance particulière à la dimension humaine revendiquée par Moon and Aries. Le duo insiste sur le fait que leur musique, leurs voix et leurs paroles sont créées par des êtres humains, sans recours à la génération musicale ou vocale par intelligence artificielle. Dans le contexte actuel de création musicale, cette précision s’inscrit directement dans leur conception de l’art : écouter, ressentir, répondre et collaborer. Pour « In the Silence of the Hills », cette philosophie n’apparaît pas seulement comme une déclaration extérieure au morceau. Elle est déjà présente dans son processus de création, où chaque musicien a été invité à écouter ce qui existait et à y apporter une réponse personnelle.


Le travail de Chris Kung et François Rocheleau, chargés du mixage et du mastering, complète cette chaîne de création. Leur rôle intervient à la dernière étape d’un morceau qui aura déjà traversé plusieurs pays et plusieurs interprétations avant de devenir la production finale de Moon and Aries. Cette trajectoire donne à "In the Silence of the Hills" une histoire particulièrement riche : une idée née autour d’un piano en Allemagne, développée par des textures analogiques, portée par une voix canadienne, puis enrichie par des musiciens situés à Londres, au Canada et en Suisse. La distance géographique devient presque secondaire face à la manière dont les différentes contributions se rejoignent.


Ce qui rend le morceau intéressant, c’est finalement sa confiance dans la simplicité. "In the Silence of the Hills" ne cherche pas à transformer chaque seconde en moment spectaculaire. Il semble plutôt proposer une autre relation à la musique : celle d’une écoute attentive, où le silence entre deux éléments compte autant que les éléments eux-mêmes. Cette approche correspond à la philosophie artistique plus large de Moon and Aries, dont la musique cherche moins à suivre les tendances qu’à créer des paysages émotionnels capables de raconter quelque chose.



Avec Prairie Souls, Moon and Aries semblent ainsi poursuivre une évolution naturelle vers une musique plus organique sans abandonner les textures électroniques qui constituent leur identité. "In the Silence of the Hills" en représente l’un des chapitres les plus dépouillés et les plus humains. Le morceau rappelle qu’une production n’a pas besoin d’être dense pour être immersive, qu’une collaboration n’a pas besoin de se dérouler dans la même pièce pour créer une véritable connexion et qu’un silence peut parfois transmettre autant qu’un son.


"In the Silence of the Hills" porte finalement bien son titre : c’est une invitation à sortir momentanément du tumulte, à laisser tomber l’urgence et à retrouver un espace où l’on peut simplement respirer. En réunissant piano, synthétiseurs analogiques, violoncelle, guitare, saxophone et voix autour d’une approche sans batterie, Moon and Aries donnent à leur Electronic Cinematic Soul une dimension particulièrement organique. À l’approche de la sortie de Prairie Souls, le duo montre surtout que l’émotion peut naître de la retenue, et que parfois, la musique n’a pas besoin de nous pousser quelque part. Elle peut simplement nous offrir un endroit où rester quelques instants.



Écrit par Ryann


 
 
 

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